Combien coûte réellement la recherche instantanée quand un site fédère 400 structures locales, chacune avec ses propres fiches, événements et adhérents potentiels ? C’est la question posée par une fédération associative nationale qui migrait son intranet vers une architecture headless, avec un front Next.js consommant un WordPress multisite comme source de contenu. Le choix du moteur de recherche s’est réduit à deux candidats sérieux : Algolia, la référence commerciale du secteur, et Meilisearch, son concurrent open source auto-hébergeable. Ce comparatif comptable et technique, mené entre janvier et mai 2024, ne traite pas la pertinence du classement des résultats, uniquement le coût et le temps d’indexation.
Le périmètre du test
Le corpus indexé comptait 210 000 documents : fiches associations, pages d’événements, actualités locales, et fiches adhérents anonymisées à des fins de test. Chaque document pesait en moyenne 2,4 Ko une fois transformé au format attendu par le moteur de recherche, soit environ 500 Mo de données brutes à indexer. Les deux moteurs ont reçu exactement le même jeu de données, transformé par le même script de synchronisation déclenché après chaque webhook de publication WordPress.
Facturation : deux modèles économiques opposés
Algolia facture au volume de records et au nombre de requêtes de recherche mensuelles, sur un modèle SaaS pur : aucune infrastructure à gérer, mais une facture qui grimpe vite dès que le volume dépasse le palier gratuit. Meilisearch, dans sa version open source, ne facture rien en soi, mais nécessite un serveur dédié pour l’héberger, avec sa propre consommation de RAM (l’indexation en mémoire est particulièrement gourmande) et son propre travail de maintenance : mises à jour de version, sauvegardes, supervision de la disponibilité.

| Critère | Algolia | Meilisearch (auto-hébergé) |
|---|---|---|
| Coût mensuel estimé (210 000 documents, 150 000 requêtes) | Environ 700 à 900 € | Environ 60 à 90 € (VPS dédié 8 Go RAM) |
| Temps d’indexation complète | Environ 4 minutes | Environ 9 minutes |
| Effort d’exploitation | Quasi nul, tout est géré par le service | Mises à jour, supervision, sauvegardes à la charge de l’équipe |
| Latence moyenne de recherche | Environ 15 ms | Environ 25 ms |
| Ticket d’entrée pour démarrer | Immédiat, clé API | Provisionner et sécuriser un serveur |
Le temps d’indexation, un facteur sous-estimé
Sur ce volume de 210 000 documents, Algolia a terminé une réindexation complète en un peu plus de quatre minutes, contre environ neuf minutes pour Meilisearch sur le serveur de test (un VPS à 8 Go de RAM, sans optimisation particulière du moteur). Cet écart devient significatif lors d’une réindexation d’urgence, par exemple après une correction massive de données mal formatées : attendre neuf minutes avant que les corrections soient visibles côté recherche n’est pas neutre pour une équipe support qui reçoit des signalements en direct.
L’effort d’exploitation caché derrière le prix affiché
Le prix d’Algolia inclut, de fait, l’astreinte, la scalabilité automatique et la disponibilité du service. Avec Meilisearch, ces responsabilités reviennent à l’équipe technique : dimensionner le serveur pour absorber les pics de requêtes, planifier les montées de version (qui ont parfois changé le format de configuration d’une version à l’autre), et surveiller la consommation mémoire, qui grimpe fortement dès que l’index dépasse quelques centaines de milliers de documents.
- Sauvegarde régulière du dump d’index Meilisearch, à automatiser via une tâche planifiée.
- Alerte de supervision sur la consommation mémoire du serveur d’indexation.
- Procédure de bascule si le serveur Meilisearch tombe, absente par défaut contrairement à un service géré.
Ce que la fédération a finalement choisi
Le choix final s’est porté sur Meilisearch, mais pas uniquement pour des raisons de coût : la fédération disposait déjà d’une petite équipe d’infrastructure capable d’absorber l’exploitation d’un serveur supplémentaire, ce qui n’est pas le cas de toutes les structures de taille comparable. Sur un budget annuel serré, l’écart de facturation représentait l’équivalent d’un demi-poste à temps partiel, un argument qui a pesé lourd dans un contexte associatif où chaque euro est arbitré collectivement.
Un comparatif de coût sans le temps d’exploitation associé raconte une histoire incomplète : le prix affiché d’une solution auto-hébergée ne dit jamais combien d’heures humaines elle consommera l’année suivante.
Verdict
Algolia reste imbattable pour une équipe qui veut déléguer entièrement la recherche et n’a ni le temps ni l’envie de gérer un serveur. Meilisearch devient pertinent dès qu’une équipe technique existe déjà en interne et que le volume de requêtes justifie l’économie réalisée. Entre les deux, il n’y a pas de gagnant universel, seulement un arbitrage entre budget disponible et compétences internes à mobiliser.