Comment vérifier qu’une traduction médicale ne dit pas, sans le savoir, le contraire de ce qu’elle devrait dire ? C’est la question qu’une clinique internationale s’est posée après avoir constaté qu’une fiche praticien traduite automatiquement présentait un « chirurgien orthopédiste » comme un « chirurgien orthopédique », glissement qui semble anodin en français mais qui, dans la version anglaise générée, transformait la spécialité en un intitulé qui n’existe tout simplement pas dans la nomenclature professionnelle anglophone.
La clinique publie ses fiches praticiens en français, anglais, allemand et arabe, sur un site WPML avec traduction automatique activée pour accélérer la première mise en ligne. L’audit qualité qui a suivi a mis en évidence un problème plus profond que de simples fautes de style : des erreurs de terminologie qui, dans un contexte médical, ne sont jamais anodines.
Où la traduction automatique trébuche précisément
Les moteurs de traduction automatique, aussi performants soient-ils sur du texte courant, confondent régulièrement des termes médicaux proches phonétiquement ou structurellement mais sémantiquement distincts. Trois catégories d’erreurs sont revenues systématiquement dans l’audit :
- Les abréviations de spécialités (ORL, PMA, IRM) parfois traduites littéralement lettre par lettre plutôt que par leur équivalent dans la langue cible
- Les faux amis entre langues proches, en particulier entre le français et l’anglais médical (« exciser » traduit dans un sens anatomiquement incorrect)
- Les intitulés de diplômes et de spécialités qui n’ont pas d’équivalent direct d’un système de santé à l’autre, et que la machine traduit mot à mot au lieu de les adapter
Construire un glossaire terminologique avant de traduire quoi que ce soit

La réponse mise en place n’a pas été d’abandonner la traduction automatique, mais de la contraindre avec un glossaire de termes figés, construit avec l’équipe médicale avant toute nouvelle traduction. WPML permet d’importer une liste de correspondances terme à terme qui prévaut sur la traduction automatique générique.
Glossaire (extrait) :
FR : "chirurgien orthopédiste" -> EN : "orthopaedic surgeon"
FR : "médecin généraliste" -> EN : "general practitioner"
FR : "sage-femme" -> EN : "midwife"
FR : "praticien hospitalier" -> DE : "Krankenhausarzt"
FR : "consultation en urgence" -> AR : "استشارة طارئة"
Ce glossaire ne couvre volontairement qu’une cinquantaine de termes récurrents, ceux qui reviennent sur presque toutes les fiches praticiens. Il ne cherche pas à couvrir l’exhaustivité du vocabulaire médical, ce qui serait un chantier disproportionné pour un annuaire de site, mais uniquement les termes structurants qui apparaissent fiche après fiche.
Le protocole de relecture à trois niveaux
Le glossaire réduit les erreurs mais n’élimine pas le besoin de relecture humaine sur le texte libre de chaque fiche (parcours du praticien, présentation personnelle). Le protocole retenu comporte trois niveaux successifs :
- Traduction automatique assistée du glossaire : première version générée avec WPML, contrainte par les termes figés
- Relecture linguistique : un traducteur professionnel corrige la syntaxe et le style, sans forcément avoir de formation médicale
- Validation médicale : un professionnel de santé de la clinique, lecteur natif de la langue cible quand c’est possible, valide que le contenu médical reste exact
Ce troisième niveau est celui que la clinique avait initialement sauté, pensant que la relecture linguistique suffisait. C’est précisément là que l’erreur sur le chirurgien orthopédiste est passée inaperçue pendant plusieurs mois avant l’audit.
Un cas révélateur : la traduction des allergies et contre-indications
Sur les fiches détaillant des actes ou des contre-indications, une seule ambiguïté de traduction peut avoir des conséquences réelles pour un patient. La clinique a fini par exclure purement et simplement ces contenus de la traduction automatique : ils sont rédigés directement dans chaque langue par un professionnel de santé bilingue, sans passer par aucun moteur automatique, même comme brouillon.
En résumé
Sur un contenu médical, la traduction automatique reste un outil d’accélération utile pour le premier jet, jamais une solution autosuffisante. Un glossaire terminologique construit avec les praticiens réduit fortement les erreurs récurrentes, mais seule une validation médicale humaine, en plus de la relecture linguistique classique, garantit qu’aucune approximation ne se glisse dans un contenu où la précision n’est pas négociable.