1 400 euros. C’est l’enveloppe totale votée par le conseil municipal de Rombach-le-Pont, commune de 3 100 habitants sur la rive française du Rhin, pour refaire son site en français et en allemand. Pas 1 400 euros par langue : 1 400 euros pour tout le chantier, hébergement compris.
Ce chiffre change complètement la manière d’aborder un projet multilingue. Une entreprise qui vise le marché allemand raisonne en taux de conversion et en retour sur investissement. Une mairie, elle, a une obligation de service public envers des administrés qui, pour une partie d’entre eux, lisent l’allemand plus vite que le français. Le cahier des charges n’a rien à voir avec celui d’un site marchand.
Un existant à trier avant de traduire
Le site de Rombach-le-Pont datait de 2014, sous un thème générique avec des dizaines de pages : arrêtés municipaux, comptes rendus de conseil, annuaire des associations, état civil, urbanisme. Tout traduire aurait englouti le budget en une semaine de prestation freelance. La première étape n’a donc pas été de choisir une extension, mais de trier : qu’est-ce qui a vraiment besoin d’exister en allemand ?
Réponse après un tri avec la secrétaire de mairie : les démarches administratives, les horaires et coordonnées, les infos pratiques (marché, déchetterie, transports transfrontaliers), et les pages d’accueil des rubriques. Les comptes rendus de conseil municipal, eux, sont restés uniquement en français : ce sont des documents officiels engageant la responsabilité de la commune, et personne ne voulait porter la responsabilité d’une traduction approximative d’un acte administratif.
Polylang plutôt que WPML, pour une raison de coût récurrent

WPML a été écarté d’emblée : sa licence annuelle, même dans sa version la moins chère, représentait à elle seule plus du tiers du budget total. Polylang, en version gratuite, couvrait largement les besoins : deux langues, pas de e-commerce, pas de champs personnalisés complexes à synchroniser. La commune n’a même pas eu besoin de la version Pro, réservée aux traducteurs professionnels multi-comptes ou à la traduction automatique intégrée.
La configuration a suivi le schéma classique :
Réglages Polylang :
- Langues : Français (fr_FR, par défaut), Allemand (de_DE)
- URL : /fr/ et /de/, drapeau visible dans le menu
- Synchronisation : taxonomies, menus, mais PAS les commentaires
(les administrés commentent dans leur langue, ce n'est pas
un problème de cohérence éditoriale)
Le point qui a fait gagner le plus de temps : ne synchroniser que les menus et les taxonomies, pas les champs personnalisés. Les pages de démarches administratives utilisaient des champs ACF pour les pièces à fournir, et chaque langue avait sa propre liste de champs à remplir, indépendamment de l’autre.
Qui traduit, quand il n’y a pas de budget de traducteur
Sans crédit pour un traducteur professionnel, la commune s’est appuyée sur un agent administratif bilingue, déjà en poste, qui a accepté une mission complémentaire rémunérée en heures supplémentaires. Un choix qui a ses limites : cet agent n’est pas traducteur de métier, et certaines tournures juridiques ont nécessité une relecture croisée avec le service Intercommunalité, qui gère aussi des dossiers transfrontaliers.
Pour les démarches les plus sensibles (état civil, urbanisme), la mairie a choisi de renvoyer vers les formulaires officiels bilingues déjà publiés par la préfecture, plutôt que de retraduire elle-même un contenu réglementaire. Une décision pragmatique : pourquoi payer une traduction quand l’État en fournit déjà une, à jour et juridiquement engageante ?
Le cas des noms de voirie et des lieux-dits
Un point auquel personne n’avait pensé en amont : certains lieux-dits de la commune ont un nom français et un nom alsacien ou allemand historique, parfois différent, parfois identique à une lettre près. Traduire mécaniquement aurait produit des adresses incohérentes avec les panneaux physiques. La solution retenue a été de ne jamais traduire les noms propres de lieux, uniquement le texte autour.
Ce que l’accessibilité a changé dans le projet
Une collectivité qui publie en ligne a une obligation légale de rendre son site accessible, ou au minimum d’afficher une déclaration de conformité. Le sélecteur de langue a donc été conçu avec des libellés explicites (« Français », « Deutsch ») plutôt que de simples drapeaux, et l’attribut lang a été vérifié page par page, pas seulement au niveau du <html> global.
- Sélecteur de langue accessible au clavier, avec focus visible
- Attribut
lang="de"correctement posé sur les blocs en allemand quand du texte allemand apparaît dans une page majoritairement française - Pas de redirection automatique selon la langue du navigateur : l’administré choisit, il n’est jamais forcé
En résumé
Un projet multilingue de collectivité frontalière ne se pilote pas comme un projet e-commerce à l’export. Le budget dicte l’outil (ici Polylang gratuit plutôt que WPML), le tri du contenu précède la traduction, et certains documents officiels ne se traduisent tout simplement pas en interne. Le résultat n’est pas un site parfaitement symétrique dans les deux langues, mais un site qui répond à un vrai besoin d’administrés bilingues, avec les moyens d’une commune de 3 100 habitants.