Six langues, zéro euro de budget traduction : c’est le point de départ d’une association humanitaire qui intervient dans plusieurs pays et souhaite que son site parle à ses donateurs comme à ses bénéficiaires, du français à l’arabe en passant par le portugais, l’anglais, le swahili et le créole haïtien.
Ce bilan n’est pas un guide qui prétend avoir trouvé la formule magique. C’est un retour honnête sur ce qui a tenu, ce qui a été abandonné en cours de route, et sur les compromis assumés qu’une petite structure associative doit accepter quand la traduction professionnelle est hors de portée financière.
Le choix de départ : Polylang et des bénévoles répartis par langue
L’association a opté pour Polylang en version gratuite, sans traduction automatique intégrée, avec un réseau de bénévoles répartis un par langue, recrutés parmi les membres de la diaspora et les partenaires locaux sur le terrain. Chaque bénévole reçoit un accès limité au back-office, restreint à la traduction des pages existantes, sans droit de création de nouvelles pages.
Ce choix évite deux écueils fréquents : la dépendance à une seule personne qui traduirait tout, et le risque qu’un bénévole modifie une page source par erreur au lieu de sa traduction.
Ce qui a fonctionné : le français, l’anglais et le portugais

Sur ces trois langues, l’association disposait de bénévoles réguliers, disponibles au moins une heure par semaine, avec un niveau de français suffisant pour comprendre les nuances du contenu source. Le rythme de traduction a suivi celui de la publication : une page de nouvelle mission traduite dans la semaine qui suit sa mise en ligne en français.
- Un glossaire partagé dans un document simple (pas d’outil dédié, faute de budget) pour garder une cohérence sur les noms de programmes et de zones d’intervention
- Une relecture croisée entre deux bénévoles quand c’était possible, pour éviter les fautes qui passent inaperçues à un seul regard
- Un délai de publication assumé : les pages traduites paraissent après la version française, jamais simultanément
Ce qui n’a pas tenu : le swahili et le créole haïtien
Après six mois, ces deux langues ont été retirées du site, non sans débat interne. Le bénévole swahiliphone, basé sur le terrain, avait un accès internet trop instable pour se connecter régulièrement au back-office, et le contenu traduit accumulait un retard de plusieurs mois par rapport au français. Pour le créole haïtien, c’est la disponibilité qui a manqué : le bénévole recruté a dû arrêter sa mission bénévole pour des raisons personnelles, et aucun remplaçant n’a été trouvé dans un délai raisonnable.
La décision a été de retirer complètement ces deux langues plutôt que de laisser un contenu à moitié traduit et daté en ligne. Un site multilingue à moitié abandonné dans une langue envoie, selon l’association, un signal pire qu’une langue simplement absente.
L’arabe : un compromis à mi-chemin
L’arabe reste sur le site, mais uniquement pour les pages les plus consultées : présentation de l’association, formulaire de don, contact. Les actualités et rapports de mission, plus nombreux et plus rapidement obsolètes, ne sont pas traduits dans cette langue. Un choix de priorisation assumé plutôt qu’une couverture illusoire.
La question de la traduction automatique, tranchée par non
L’association a testé la traduction automatique de WPML sur une poignée de pages, avant de l’abandonner : le contenu, souvent chargé émotionnellement (témoignages de bénéficiaires, appels aux dons), rendait mal en traduction automatique brute, avec un ton parfois inapproprié pour le sujet traité. Plutôt qu’une traduction automatique non relue publiée par défaut, l’association a préféré ne rien publier tant qu’un bénévole humain n’avait pas traduit la page.
En résumé
Un site multilingue à budget de traduction nul repose entièrement sur la disponibilité humaine de bénévoles, ce qui rend certaines langues fragiles et parfois vouées à disparaître. La leçon retenue par l’association : mieux vaut publier moins de langues avec un contenu à jour, qu’afficher un large éventail de langues dont la moitié sont abandonnées depuis des mois. La transparence sur ces limites, plutôt que la promesse d’une couverture totale, a été le vrai choix stratégique du projet.