Comment traduire un site vitrine de fabricant de machines-outils en anglais et en allemand quand le salon professionnel ouvre ses portes dans cinq jours ouvrés et que l’exposant a réservé son stand depuis six mois sans jamais penser au site ? C’est la question posée un lundi matin, avec une réponse attendue avant le vendredi soir.
Le site fonctionnait sous WordPress avec Polylang installé mais jamais configuré pour de vrai : une langue active, aucune chaîne traduite, un thème sur mesure avec des champs ACF non préparés pour la traduction. Voici comment s’est déroulée la semaine, jour par jour.
Lundi : cadrer plutôt que foncer
La première tentation, face à un délai aussi court, est de commencer à traduire immédiatement. J’ai pris deux heures pour faire l’inventaire complet des pages existantes, du nombre de mots à traduire par page, et des champs ACF qui nécessiteraient une configuration spécifique avant même de pouvoir accueillir du contenu traduit. Cet inventaire a révélé que sur douze pages, quatre concentraient l’essentiel du texte : accueil, gamme de produits, page société, contact.
- Douze pages recensées, quatre jugées prioritaires pour le salon
- Environ 6 000 mots à traduire au total en anglais, 6 000 en allemand
- Deux traducteurs professionnels contactés en urgence, l’un pour l’anglais, l’autre pour l’allemand
Mardi : préparer le terrain technique avant que le texte n’arrive
Pendant que les traducteurs travaillaient sur les documents source, j’ai configuré Polylang pour les deux langues cibles, activé la traduction des champs ACF avec le paramètre show_in_rest correctement réglé, et dupliqué la structure de menu pour chaque langue. Ce travail en parallèle a été décisif : sans lui, la traduction serait arrivée le mercredi soir sans aucun endroit où l’intégrer proprement.

Le sélecteur de langue a été placé dans l’en-tête avec un script minimal, sans extension supplémentaire, pour ne pas alourdir un site dont le temps de chargement comptait autant que le contenu affiché.
La gamme de produits, un cas à part
La page de gamme de produits utilisait une boucle sur un type de contenu personnalisé « machine », avec des fiches techniques comportant des tableaux de caractéristiques. Chaque tableau comportait des unités de mesure et des normes qui ne se traduisent pas à l’identique d’un pays à l’autre (les tolérances exprimées en pouces pour le marché anglophone, par exemple). J’ai signalé ce point au client dès le mardi pour éviter une correction de dernière minute.
Mercredi et jeudi : le rythme de croisière
Les traductions sont arrivées par lots, page par page, et j’ai intégré chaque lot dans la foulée plutôt que d’attendre l’ensemble. Cette méthode incrémentale a permis de détecter tôt un problème de longueur : certains titres de section, parfaitement calibrés en français, débordaient largement en allemand une fois traduits, la langue étant statistiquement plus longue à caractères égaux.
| Jour | Tâche | Résultat |
|---|---|---|
| Mercredi | Intégration accueil + société (FR/EN/DE) | Titres allemands ajustés en CSS |
| Jeudi | Intégration gamme de produits | Tableaux techniques révisés avec le client |
Vendredi : la relecture qui sauve la mise en ligne
Le vendredi matin a été consacré exclusivement à la relecture croisée : chaque page ouverte dans les trois langues, comparée écran contre écran, à la recherche de chaînes non traduites, de liens cassés entre versions linguistiques, et de textes de formulaire encore en français sur les versions étrangères. Trois oublis ont été trouvés à ce stade, tous mineurs, tous corrigés avant midi.
Un principe qui m’a évité bien des sueurs froides : ne jamais considérer une traduction terminée tant qu’on ne l’a pas vue affichée dans le navigateur, pas seulement dans l’éditeur.
Ce que cette semaine m’a appris
Un sprint de traduction sous contrainte forte ne réussit pas grâce à la vitesse de frappe, mais grâce à l’ordre des opérations : cadrer avant de traduire, préparer la technique en parallèle de la traduction humaine, intégrer par lots plutôt qu’en bloc, et réserver une demi-journée entière à la relecture croisée. Le site a ouvert vendredi à 17 heures, deux heures avant l’échéance fixée par le client, avec les trois langues opérationnelles pour l’ouverture du salon le lundi suivant.