Le Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité impose, pour tout site public, un niveau de conformité qui va bien au-delà des bonnes pratiques SEO habituelles. Sur un site institutionnel de mille deux cents pages réparties entre démarches administratives, actualités et pages de services, ces deux contraintes ne s’alignent pas toujours naturellement.
Ce retour d’expérience détaille les arbitrages rencontrés sur la structure de navigation d’un site de collectivité territoriale, où l’obligation légale d’accessibilité a parfois pris le pas sur des choix qui auraient semblé optimaux du seul point de vue du référencement.
Une hiérarchie de titres qui ne laisse pas de place à l’improvisation
Le RGAA impose une hiérarchie de titres h1 à h6 strictement respectée, sans saut de niveau, pour que les technologies d’assistance puissent naviguer correctement dans la structure du document. Cette contrainte, plus rigide que ce qu’on pratique généralement sur un site vitrine classique, a forcé une réorganisation systématique des gabarits de pages de démarches administratives, qui utilisaient auparavant des h3 directement sous le titre principal pour des raisons purement visuelles.
Cette rigueur a eu un effet collatéral positif inattendu : la structure sémantique clarifiée a amélioré la lisibilité du contenu par les moteurs de recherche, sans qu’il ait été nécessaire de retravailler le texte lui-même.
Le dilemme du menu de navigation

Le site comptait initialement un menu de navigation sur quatre niveaux de profondeur, permettant d’accéder à n’importe quelle démarche en quelques clics depuis la page d’accueil pour un usager averti. Or, le RGAA recommande fortement de limiter la profondeur de navigation et le nombre de liens par niveau de menu, pour ne pas surcharger la navigation au clavier et à la lecture d’écran.
La réduction à deux niveaux de profondeur maximum a nécessité de repenser entièrement l’arborescence, en s’appuyant davantage sur une recherche interne performante et sur des pages de rubrique intermédiaires qui regroupent les démarches par thématique de vie (état civil, urbanisme, scolarité). Cette réorganisation a mécaniquement réduit le maillage interne direct entre pages profondes, un compromis assumé au profit de l’accessibilité.
Le texte des liens, un point de convergence
Sur un point précis, accessibilité et SEO convergent sans arbitrage nécessaire : le RGAA exige des intitulés de lien explicites hors contexte, ce qui interdit les <a href="...">En savoir plus</a> répétés sur toute une page de liste de démarches. Cette exigence, appliquée systématiquement, a amélioré la pertinence perçue de chaque lien interne par les moteurs de recherche, sans coût supplémentaire côté rédaction une fois la convention adoptée par l’équipe.
- Intitulés de lien reformulés pour décrire précisément la destination, même hors contexte de la phrase environnante.
- Suppression des liens purement décoratifs qui n’apportaient rien à la navigation ni au maillage.
- Ajout systématique d’un attribut de langue sur les rares contenus en langue étrangère, une obligation RGAA sans effet SEO direct mais sans contre-indication non plus.
Les formulaires de démarche, un point de friction
Les formulaires de démarche administrative, souvent longs et multi-étapes, posent un problème d’indexation distinct : chaque étape intermédiaire ne doit pas être indexée séparément, sous peine de multiplier les pages sans contenu substantiel dans l’index. La solution retenue a été d’ajouter une balise noindex sur les étapes intermédiaires tout en conservant l’étape d’entrée du formulaire, la seule pertinente pour un usager arrivant depuis un moteur de recherche.
Sur ce type de site, on considère l’accessibilité comme la contrainte non négociable et le SEO comme la variable d’ajustement : c’est souvent l’inverse des priorités qu’on fixe sur un site commercial, et cela change concrètement les arbitrages de structure.
Notre verdict
Un site institutionnel volumineux soumis au RGAA ne peut pas appliquer les mêmes recettes SEO qu’un site privé sans contrainte légale. La bonne nouvelle est que la plupart des exigences d’accessibilité, une fois bien comprises, renforcent la clarté structurelle du site plutôt qu’elles ne la desservent : le vrai travail consiste à accepter que certains choix de maillage habituels doivent céder la place à une navigation plus sobre et plus prévisible.