Six formules payantes, de 60 à 540 euros par an selon la page de tarifs d’Elementor : la grille est large, et les différences entre formules ne se lisent pas toutes dans les prix. Ce deuxième épisode de la série « Livrer un site Elementor en agence » répond à la question posée dans le cahier des charges du premier : quelle licence pour ce projet client, et au nom de qui ? Tous les prix cités sont relevés en octobre 2026 sur elementor.com ; ils sont exprimés hors taxes, facturés à l’année, et affichés en euros pour un visiteur de la zone euro (les mêmes montants apparaissent en dollars US ailleurs).
La version gratuite : utile, mais sans gabarits
La version gratuite d’Elementor reste un véritable constructeur de pages. La liste officielle de ses widgets couvre l’essentiel d’une page vitrine : conteneur, grille, titre, éditeur de texte, image, vidéo, bouton, onglets, accordéon, carrousel d’images, compteur, témoignage, carte, code HTML, et quelques autres. Les nouvelles installations démarrent par ailleurs avec l’éditeur atomique de la version 4 activé.
Ce qui manque est structurant pour une agence : pas de Theme Builder, donc pas de gabarits d’en-tête, de pied de page ou d’article ; pas de widget Form ; pas de grille de boucle ; pas de fenêtres surgissantes. Un site gratuit dépend donc du thème pour tout ce qui n’est pas le contenu d’une page. C’est acceptable pour une page d’atterrissage ou un site de quelques pages statiques posé sur un thème bien choisi ; c’est une mauvaise économie dès qu’il y a des articles, des fiches ou un formulaire de contact à faire évoluer.
Les quatre formules Editor Pro : une seule vraie marche

La page de tarifs présente quatre formules sous le nom Editor Pro. En les lisant ligne à ligne, on constate qu’il n’y a qu’une seule différence fonctionnelle : celle entre Essential et Advanced Solo. Au-delà, on achète des sites supplémentaires.
- Essential : 60 euros par an, 1 site, 57 widgets Pro, Theme Builder et grilles de boucle inclus. Contenu dynamique sans champs personnalisés ni types de contenus personnalisés ; widget Form présent, mais sans gestion des soumissions. Pas de fenêtres surgissantes, pas de code et CSS personnalisés, pas de widgets de boutique, pas de notes collaboratives.
- Advanced Solo : 84 euros par an, 1 site, 85 widgets Pro, toutes les fonctions précédentes sans restriction, plus fenêtres surgissantes, code et CSS personnalisés, widgets WooCommerce et notes collaboratives.
- Advanced : 108 euros par an, mêmes fonctions, 3 sites.
- Expert : 204 euros par an, mêmes fonctions, 25 sites.
Les formules diffèrent aussi par le nombre de modèles stockables dans le nuage (10, 20, 30 puis 5 000), un critère secondaire pour un site client. Pour ces quatre formules, la page indique un renouvellement au même tarif que la première année.
Elementor One et One Agency : des crédits plutôt que des fonctions
Elementor One reprend toutes les fonctions des formules Pro et y ajoute des services consommant des crédits mensuels : génération par IA, optimisation d’images, corrections d’accessibilité, envoi de courriels transactionnels, bandeau de consentement aux cookies, ainsi qu’un tableau de bord de gestion du site. Nous ne revenons pas ici sur l’IA, traitée par la série précédente.
- One : 1 site, 25 000 crédits par mois, 180 euros la première année, puis 228 euros au renouvellement.
- One Agency : sites illimités, 350 000 crédits par mois partagés entre les sites clients, 432 euros la première année, puis 540 euros au renouvellement. Les remises de première année de ces deux formules (21 % et 20 %) étaient affichées à côté d’un bandeau promotionnel lors de notre relevé : vérifiez-les au moment de l’achat.
Le barème publié donne la mesure de ces crédits : 10 crédits par image optimisée, 10 par courriel envoyé, 20 par correction d’accessibilité assistée par IA, 1 par consentement enregistré, de 1 à 40 par action d’IA. Les crédits non utilisés ne sont pas reportés d’un mois sur l’autre, et la page précise que le barème peut évoluer pour toutes les formules. Elle précise aussi qu’Elementor One n’inclut pas d’hébergement.
Le calcul honnête se fait donc service par service. Un site qui envoie quelques centaines de courriels par mois et optimise ses images au fil de l’eau tient largement dans 25 000 crédits. Un site qui enregistre un consentement par visiteur consomme un crédit à chaque fois : sur un site fréquenté, c’est ce poste qu’il faut estimer avant de promettre au client que « tout est inclus ».
Licence au nom du client ou de l’agence
Les conditions rappelées par l’aide d’Elementor autorisent l’agence à installer Elementor Pro sur les sites de ses clients, pas à revendre la licence. Deux montages sont donc possibles : l’agence achète une formule multisite et en consomme une activation par client, ou le client achète sa propre formule.
Elementor a prévu le passage de l’un à l’autre. La page d’aide sur les réglages de licence décrit exactement le cas d’une agence qui construit le site avec son propre compte puis le transfère sur la licence du client : dans l’administration, menu Elementor, rubrique Licence, bouton de changement de compte, puis connexion au compte du client, qui doit disposer d’une licence Elementor Pro. En ligne de commande, l’équivalent passe par la clé de licence du client :
# libère l'activation consommée sur la licence de l'agence
wp elementor-pro license deactivate
# active la licence du client sur ce site
wp elementor-pro license activate CLE_DE_LICENCE_DU_CLIENT
Deux règles officielles complètent le tableau. Une clé peut être déplacée d’un domaine à un autre après avoir désactivé l’ancien site depuis le tableau de bord du compte, dans la limite du nombre de domaines uniques de chaque abonnement. Et un abonnement Elementor Pro acheté avec l’hébergement d’Elementor ne peut pas être installé sur un site hébergé ailleurs. Les sous-domaines de préproduction reconnus par Elementor ne consomment pas d’activation : le troisième épisode s’en sert.
Notre position est nette : pour un site livré et maintenu, la licence doit être au nom du client. La facture lui revient, la continuité ne dépend pas de la survie de la relation commerciale, et la réversibilité prévue au contrat de maintenance devient une formalité. La licence multisite de l’agence sert au développement, aux maquettes et aux sites que l’agence exploite elle-même.
À l’expiration : ce qui reste et ce qui se dégrade
La page d’aide consacrée au non-renouvellement d’Elementor Pro, mise à jour le 3 juin 2026, est plus nuancée que les rumeurs. Le site ne s’éteint pas : tout ce qui relève de la version gratuite continue de fonctionner et peut toujours être mis à jour. En revanche, Elementor Pro ne reçoit plus de mises à jour et l’accès aux fonctions Pro existantes peut devenir limité. La liste de ce que le renouvellement garantit est éloquente : mettre à jour Elementor Pro, modifier les sites créés avec des kits de niveau Pro ou Expert, ajouter et dupliquer des widgets Pro, ajouter de nouvelles balises dynamiques.
Le vrai risque est ailleurs, et la même page le nomme : mettre à jour la version gratuite sans mettre à jour la version Pro peut provoquer des problèmes de compatibilité. Un site client dont la licence a expiré n’est donc pas cassé le lendemain ; il devient fragile à chaque mise à jour. Pour Elementor One, la page de tarifs ne détaille pas ce qui subsiste à l’expiration : demandez-le par écrit avant de vendre cette formule à un client qui pourrait ne pas renouveler.
Une licence expirée ne casse pas un site Elementor ; elle transforme chaque mise à jour en pari.
Verdict selon le projet
Voici comment nous tranchons, à partir du cahier des charges de l’épisode précédent.
- Page d’atterrissage ou site de quelques pages sans gabarits : version gratuite et un thème solide, à condition que le formulaire soit confié à une extension dédiée.
- Site vitrine avec gabarits mais sans champs personnalisés, sans formulaire stocké, sans fenêtre surgissante : Essential au nom du client. C’est un cas plus rare qu’il n’y paraît ; relisez le cahier des charges avant de le retenir.
- Site vitrine courant, avec types de contenus, champs et formulaires : Advanced Solo au nom du client. Pour 24 euros de plus par an, on évite de découvrir une limite en cours de projet.
- Site dont le client utilisera réellement l’optimisation d’images, l’envoi de courriels et le bandeau de cookies : One, après estimation des crédits et en annonçant le tarif de renouvellement, pas celui de la première année.
- Agence : Expert ou One Agency pour ses propres besoins et ses phases de développement, avec bascule sur la licence du client à la livraison.
Quand ne pas suivre ce verdict ? Lorsque le client refuse toute gestion de compte et confie entièrement l’exploitation à l’agence dans un contrat long : la licence au nom de l’agence est alors défendable, à condition que le contrat prévoie la remise d’une licence au client en cas de départ. Et lorsque le site multilingue utilise un sous-domaine ou un domaine par langue, chaque langue demande sa propre licence : une formule multisite redevient logique, même pour un seul client.
Conclusion
Le choix d’une licence Elementor se joue moins sur le prix que sur trois lignes du cahier des charges : champs personnalisés, formulaires stockés, fenêtres surgissantes. Une fois la formule choisie, mettez-la au nom du client, notez la date de renouvellement dans le futur contrat de maintenance et vérifiez ce que devient la formule à l’expiration. Le troisième épisode passe à la pratique : monter une préproduction et faire circuler le site entre les environnements sans casser ses adresses.