Une licence Elementor Pro qui expire ne met pas le site hors ligne. Elle coupe les mises à jour de l’extension, empêche d’ajouter des fonctions Pro et, selon l’éditeur lui-même, peut ne laisser qu’un accès limité aux fonctions Pro existantes. Le site continue de s’afficher, Elementor gratuit continue de se mettre à jour, et l’écart entre les deux extensions se creuse sans bruit jusqu’au jour où il provoque une panne. Ce scénario résume la raison d’être d’un contrat de maintenance : un site Elementor livré commence à vieillir le jour de sa mise en ligne, et quelqu’un doit être chargé, par écrit, de l’en empêcher. Ce douzième et dernier épisode de la série « Livrer un site Elementor en agence » rassemble ce que les onze précédents ont mis en place et en fait un contrat : ce qu’il couvre, ce qu’il exclut, comment il se termine, et comment le chiffrer sans emprunter de prix au marché. Le devis initial, traité dans la série précédente, n’est pas repris ici.
Ce que le contrat couvre : le socle
Un contrat de maintenance n’est pas une promesse générale de « s’occuper du site ». C’est une liste de tâches récurrentes, chacune avec sa fréquence et sa preuve d’exécution. Pour un site Elementor, le socle que nous proposons reprend presque épisode par épisode le travail de la série :
- mises à jour de WordPress, d’Elementor, d’Elementor Pro, du thème et des extensions, selon la procédure du dixième épisode : préproduction, mise à jour de la base, retour arrière prévu ;
- sauvegardes et tests de restauration, avec la fréquence, la rétention et l’exercice chronométré décrits dans le neuvième épisode ;
- surveillance : disponibilité, expiration du certificat et du nom de domaine, envoi effectif des formulaires, dont le cinquième épisode a montré la fragilité ;
- sécurité : revue des comptes et des rôles, pare-feu, suivi des extensions abandonnées, dans la continuité du huitième épisode ;
- performance : vérification que le cache et le CSS d’Elementor restent cohérents après chaque intervention, selon les réglages du sixième épisode ;
- renouvellement des licences d’Elementor Pro et des extensions payantes, avec une date d’échéance suivie ;
- petites évolutions : un volume d’heures défini pour les demandes que le client ne peut pas faire lui-même, comme l’ajout d’une section que l’accès limité au contenu, vu dans le onzième épisode, ne lui permet pas.
Chaque tâche doit laisser une trace : un journal d’intervention daté, transmis au client à intervalle régulier. C’est ce journal qui transforme un abonnement abstrait en service visible, et c’est lui qui servira, plus loin, de base au chiffrage.
Les licences Elementor Pro : la clause qu’on oublie

Le deuxième épisode a posé la question du titulaire de la licence. Le contrat de maintenance doit en tirer les conséquences, parce que les règles d’Elementor sont nettes : la mise à jour d’Elementor Pro exige une licence active, et l’article d’aide sur le non-renouvellement d’Elementor Pro précise qu’à défaut de renouvellement, il n’est plus possible de mettre à jour Elementor Pro ni d’ajouter des fonctions Pro, que l’accès aux fonctions Pro existantes peut devenir limité, et que mettre à jour Elementor gratuit sans Elementor Pro peut provoquer des problèmes de compatibilité. Le contrat doit donc dire, pour chaque licence :
- qui en est titulaire, sur quel compte, et pour combien de sites ;
- qui paie le renouvellement et à quelle date il intervient ;
- qui reçoit les relances de l’éditeur, et ce qui se passe si le paiement échoue ;
- ce que devient la licence à la fin du contrat.
Si la licence appartient à l’agence et couvre plusieurs sites, son coût est refacturé, et sa fin de contrat se prépare : l’agence désactive le site depuis son espace client Elementor, ce qui libère l’activation, et le client active sa propre licence. Ce dernier point se fait en une commande :
wp elementor-pro license activate <cle-de-licence-du-client>
Les extensions payantes suivent la même logique. Le cas le plus dangereux est l’extension achetée une seule fois par l’agence, dont plus personne ne sait sur quel compte elle est enregistrée : le contrat est le moment de les inventorier.
Ce que le contrat exclut et les niveaux de service
Les exclusions protègent autant le client que l’agence, parce qu’elles évitent les malentendus au moment d’un incident. Nous excluons explicitement : la création de nouvelles fonctionnalités ou de nouveaux gabarits, la refonte graphique, la saisie de contenus, les migrations majeures comme le passage d’un site construit en version 3 aux éléments atomiques de la version 4, les incidents causés par une extension installée par le client sans concertation, et les pannes de l’hébergement quand celui-ci n’est pas géré par l’agence. Une exclusion n’est pas un refus : chacune renvoie vers un devis séparé.
Les niveaux de service se définissent avec deux délais distincts, que les contrats confondent trop souvent : le délai de prise en charge, c’est-à-dire le temps avant qu’une personne commence à traiter la demande, et le délai de résolution, qu’on ne peut garantir que pour des incidents bien délimités. Classez les demandes en trois catégories : incident bloquant (site inaccessible, formulaire principal hors service), incident gênant (page abîmée, fonction secondaire en panne), demande d’évolution. Fixez pour chacune un délai de prise en charge, des plages horaires et un canal unique de signalement. Promettre une résolution en quatre heures un dimanche n’a de sens que si quelqu’un est d’astreinte, et l’astreinte a un coût que le chiffrage doit refléter.
Durée, résiliation et réversibilité
La durée initiale doit couvrir au moins un cycle complet de vos tâches : si le test de restauration est trimestriel et le renouvellement des licences annuel, un engagement de trois mois ne permet pas de les amortir. Prévoyez ensuite une reconduction, un préavis de résiliation et ce qui se passe pendant ce préavis. Les modalités juridiques précises, notamment si le client est un particulier ou une entité publique, relèvent d’un juriste ; ce qui suit relève du métier.
La réversibilité est la clause qui distingue un prestataire sérieux. À la fin du contrat, quelle qu’en soit la cause, le client doit recevoir :
- un compte administrateur fonctionnel et la liste de tous les comptes existants ;
- les accès à l’hébergement, au nom de domaine et aux services liés, ou la confirmation qu’ils sont déjà à son nom ;
- les licences ou la marche à suivre pour les remplacer, comme décrit plus haut ;
- la dernière sauvegarde complète, base et fichiers, Elementor Pro compris ;
- la documentation livrée au client, le journal d’intervention et l’inventaire technique du site.
L’inventaire technique se produit en quelques commandes, à joindre au contrat dès la signature et à mettre à jour à chaque fin d’année :
# Extensions, versions et état des mises à jour automatiques
wp plugin list --fields=name,status,version,auto_update --format=csv > inventaire-extensions.csv
# Thèmes en place
wp theme list --fields=name,status,version --format=csv > inventaire-themes.csv
# Configuration vue par Elementor, au format JSON
wp elementor system-info > elementor-system-info.json
La commande wp elementor system-info renvoie les informations système d’Elementor en JSON : versions, configuration du serveur, réglages. Jointe au contrat, elle fixe l’état du site au moment où vous en prenez la responsabilité.
Chiffrer à partir du temps mesuré
Le réflexe courant consiste à regarder ce que proposent les concurrents et à s’aligner. C’est la méthode la moins fiable : vous ignorez ce que couvrent leurs forfaits, et vous ignorez votre propre coût. La méthode que nous appliquons part de vos relevés et de paramètres que vous remplacez par vos chiffres :
- Mesurez le temps réel de chaque tâche sur quelques sites pendant au moins un trimestre : une session de mises à jour avec préproduction, un test de restauration, une revue de sécurité, la rédaction du journal. Le chronométrage du neuvième épisode en fait partie.
- Multipliez par la fréquence annuelle prévue au contrat pour obtenir un nombre d’heures récurrentes par site et par an, noté R.
- Ajoutez une provision pour incidents, notée I, calculée sur votre historique : le total d’heures passées sur des incidents non planifiés, divisé par le nombre de sites suivis. Sans historique, commencez prudemment et corrigez à la première reconduction.
- Ajoutez les petites évolutions, notées E, si le contrat inclut un volume d’heures.
- Multipliez le total par votre coût horaire complet, noté H, qui intègre les charges et le temps non facturable, pas seulement le salaire.
- Ajoutez le coût des licences, noté L : le prix de renouvellement relevé sur le site de l’éditeur au moment du chiffrage, divisé par le nombre de sites couverts si la licence est mutualisée, plus les extensions payantes.
- Appliquez votre marge, notée M, puis divisez par le nombre d’échéances de facturation.
Le prix annuel s’écrit alors : (R + I + E) × H + L, augmenté de la marge M. Prenons un site vitrine avec formulaire, suivi depuis un an. Dans cet exemple, vos relevés montrent des sessions de mises à jour mensuelles plus longues que prévu, parce que la préproduction doit être rafraîchie à chaque fois, et un test de restauration trimestriel qui a doublé la première fois puis s’est stabilisé. Les heures récurrentes R en découlent directement ; le seul paramètre que vous ne maîtrisez pas est L, qui doit donc être révisable : une clause d’indexation sur le prix effectivement facturé par l’éditeur évite de perdre de l’argent quand un tarif augmente en cours de contrat.
Un forfait de maintenance qui n’a jamais été confronté au temps réellement passé est un pari, pas un prix.
Quand ne pas proposer de contrat
Un contrat n’est pas toujours la bonne réponse. Le client qui dispose d’une équipe technique interne a besoin d’une passation soignée, de la documentation et de l’inventaire, pas d’un abonnement. Le site éphémère, conçu pour quelques mois, se maintient par une intervention ponctuelle avant et pendant sa période d’exploitation. Enfin, si vous ne pouvez pas tenir les délais de prise en charge que le client attend, par exemple faute d’astreinte, mieux vaut ne pas signer que signer un niveau de service que vous ne respecterez pas : un contrat non tenu abîme davantage la relation qu’une absence de contrat.
Fin de la série
Le contrat de maintenance clôt la série parce qu’il en est la synthèse : il ne tient que si le cahier des charges du premier épisode a fixé le périmètre, si la licence du deuxième a un titulaire clair, si l’hébergement du quatrième et la préproduction du troisième existent, et si les sauvegardes, les mises à jour et la formation des trois derniers épisodes sont des procédures écrites. Chiffré à partir du temps mesuré et du coût réel des licences, il cesse d’être un forfait arbitraire pour devenir le prolongement naturel de la livraison. Merci d’avoir suivi ces douze épisodes de « Livrer un site Elementor en agence » ; nous espérons qu’ils vous serviront de trame pour vos prochains projets.