Le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité encadre les sites publics et, de plus en plus, les sites d’entreprises privées dépassant certains seuils. Une agence qui audite consciencieusement chaque site livré à ses clients au regard de ce référentiel peut pourtant laisser un point aveugle total : son propre tableau de bord interne, celui que l’équipe utilise chaque jour pour suivre l’état du parc de sites gérés, n’a souvent jamais fait l’objet du même examen.
Ce tableau de bord n’est soumis à aucune obligation légale directe s’il ne s’agit pas d’un service public ni d’un produit commercialisé — mais l’argument qui justifie son inaccessibilité éventuelle ignore une réalité simple : une agence qui recrute une personne en situation de handicap visuel ou moteur pourrait se retrouver avec un outil de travail quotidien que cette personne ne peut tout simplement pas utiliser correctement.
Pourquoi cet angle mort se forme naturellement
Un outil interne se construit rapidement, souvent par l’équipe technique elle-même, sans intervention d’une personne dédiée au design d’interface ni relecture par un œil extérieur. Les priorités portent sur la fonctionnalité — afficher l’état de chaque site, ses alertes, ses prochaines échéances de mise à jour — rarement sur la structure sémantique du document ou sur la navigation au clavier. Le résultat fonctionne parfaitement pour l’équipe qui l’a construit, dans les conditions d’usage qu’elle a testées elle-même, ce qui masque justement les obstacles que rencontrerait une personne aux besoins différents.
Une checklist courte pour un premier passage
Sans viser une conformité complète au premier essai, une checklist courte permet de détecter les obstacles les plus fréquents et souvent les plus faciles à corriger :
- Navigation complète au clavier, sans piège qui empêcherait de sortir d’un composant
- Contraste suffisant entre le texte et son arrière-plan, y compris dans les indicateurs colorés d’état
- Structure de titres cohérente, sans niveau de titre sauté arbitrairement
- Libellés explicites sur chaque contrôle interactif, pas seulement une icône sans texte alternatif
- Messages d’état annoncés aux technologies d’assistance, pas uniquement affichés visuellement
Chacun de ces points se vérifie manuellement en quelques minutes : navigation entièrement au clavier sans souris, vérification des contrastes avec un outil dédié, lecture de la structure des titres via les outils de développement du navigateur.

Un exemple concret rencontré lors de ce premier passage
Sur le tableau de bord audité, les indicateurs d’état des sites reposaient uniquement sur une couleur — vert pour opérationnel, orange pour un avertissement, rouge pour un incident — sans texte associé ni forme distincte. Une personne daltonienne au sein de l’équipe avait, sans jamais le signaler explicitement, développé l’habitude de survoler chaque indicateur pour lire une infobulle plutôt que de se fier à la couleur seule, une adaptation individuelle qui aurait dû être une correction de l’outil plutôt qu’une charge supplémentaire portée par la personne concernée.
La correction a consisté à ajouter, à chaque indicateur coloré, un texte visible et une forme distincte — un cercle plein, un triangle, un carré — associés chacun à un état précis, rendant l’information accessible indépendamment de la perception des couleurs.
Étendre la démarche sans en faire un projet disproportionné
Un audit RGAA complet, avec ses critères détaillés et sa méthodologie exhaustive, représente un effort important qui ne se justifie pas nécessairement pour un outil interne à usage restreint. La checklist proposée ici vise un objectif plus modeste et plus réaliste : détecter et corriger les obstacles les plus grossiers, ceux qui excluraient purement et simplement une partie de l’équipe potentielle, sans viser une conformité réglementaire complète non requise dans ce contexte.
Ce que cette démarche ne couvre pas
Cette checklist s’applique à l’outillage interne d’une agence ; elle ne se substitue pas à l’audit RGAA rigoureux exigé pour les sites livrés aux clients concernés par cette obligation, dont la méthodologie et les critères sont bien plus détaillés et encadrés que ce premier passage informel.
En résumé
L’accessibilité d’un outil interne mérite la même attention que celle accordée aux livrables clients, non par obligation réglementaire directe dans la plupart des cas, mais parce qu’un outil de travail quotidien inaccessible exclut concrètement une partie des personnes qu’une agence pourrait recruter ou déjà recrutées. Une checklist courte, appliquée une première fois sans viser la perfection, suffit à révéler et corriger les obstacles les plus évidents.